NOTRE FILIERE DE COMMERCE EQUITABLE AVEC L'AFIMA

Virada, organisation lyonnaise de solidarité internationale, développe depuis sa création des projets de coopération avec des communautés brésiliennes et latino-américaines, dans les domaines de l'éducation, l'économie culturelle, le développement durable et le commerce équitable.

Et c'est autour de ce dernier axe qu'elle travaille essentiellement depuis 2006, autour de la structuration d'une filière de commerce équitable d'instruments de percussions artisanaux et leurs accessoires, avec un collectif d'artisans brésiliens de Salvador de Bahia.

 

L'histoire du projet

 

Le Curuzu2006. Dans le quartier défavorisé du Curuzu (Liberdade, Salvador de Bahia), le plus noir de la ville la plus noire du Brésil, depuis plus d'une dizaine d'années, des artisans issus de célèbres formations musicales comme Ilê Aiyê, fabriquaient des instruments de percussion brésilienne ainsi que des accessoires, comme des battes ou des sangles.

Leur talent était reconnu par de grands groupes musicaux comme Olodum, Ilê Aiyê, la Banda Dida, et bien d'autres, qui leur commandaient régulièrement des produits. En effet, ils sont eux-mêmes percussionnistes accomplis, et savent bien les qualités qu'on attend d'un tambour ou d'une mailloche.

Cette année-là, nous travaillons sur le projet du Sambateria avec mestre Marivaldo, qui nous met en relation avec eux car nous envisageons un achat d'instruments.

 

 A cette époque, le Brésil est déjà 11ème puissance économique mondiale, mais les disparités sont énormes (un écart-type de 32 entre les plus riches et les plus pauvres). Le pays est à la pointe de la technologie dans bien des domaines, mais comme dans 80% du secteur artisanal au Brésil, le travail de ces garçons est complètement informel.

Les artisans ne bénéficient d'aucune couverture sociale (pas d'assurance maladie, pas de retraite, pas de congés payés) et ne parviennent pas à vivre de leur métier, devant cumuler d'autres activités parallèles pour survivre.

 

Outils des artisans en 2006Quand nous les rencontrons, ils fabriquent les instruments dans la cuisine de l'un d'entre eux, à l'aide de très peu d'outils et sans électricité (seuls les cerclages sont soudés ailleurs). Et pourtant la qualité est là !

Nous restons impressionnés par ce qu'ils sont capables de réaliser, avec pour seules méthodes l'enseignement oral de quelques techniques par des parents, quelques cours pris dans l'ONG Ilê Aiyê, et surtout, beaucoup de créativité !

 



Fin 2005, plusieurs d'entre eux, conscients de la nécessité de formaliser l'activité pour pouvoir la développer, se regroupent sous le nom d'AFIMA (Association des Fabricants d'Instruments de Musique Artisanaux) et sollicitent Virada pour créer et développer une filière de fabrication d'instruments de musique artisanaux.

Virada propose de réaliser ce partenariat sous la forme d'une filière de commerce équitable, et expose tous les principes de cette démarche éthique aux artisans, qui y adhèrent avec enthousiasme.  Ainsi, depuis mars 2006, Virada s'investit dans ce projet et met en oeuvre la première vente d'instruments de musique brésiliens dans une démarche de commerce équitable, en France et en Europe.

 

Rafael Coquinho coupant l'aluminiumInstrument finiAlex Zoreba travaillant un fût

 

 

 Le projet de l'association s'articule autour de 2 axes principaux :

  •  l'accompagnement des artisans brésiliens afin de leur permettre de se structurer juridiquement en association de production, d'accomplir toutes les démarches nécessaires à la formalisation des activités commerciales et d'exportation, ainsi que d'apprendre à gérer une activité formelle de production à grande échelle.
  • la prospection et la distribution des instruments produits par l'AFIMA en France et dans toute l'Europe.

 

Réunion de travail AFIMA-ViradaAinsi débute entre Virada et les artisans de l'AFIMA un long travail de documentation, de contacts avec des juristes, des organismes d'appui à l'entrepreunariat (comme le SEBRAE), à l'artisanat (l'Institut Mauá), à l'export...

Au Brésil, la structuration juridique d'une association est beaucoup plus complexe qu'en France, et après avoir défini la forme juridique la plus appropriée au projet, il faudra encore plus d'un an pour obtenir la validation définitive des statuts et du procès verbal par le juge, après plusieurs rejets pour quelques points de détail...

Devant la démarche de développement du petit groupe, Vovô, président de l'ONG Ilê Aiyê, mettra un local à leur disposition, en haut de la ladeira do Curuzu. Le lieu est humble, mais assez grand. Ils ont maintenant un espace qui leur permet de travailler en nombre, de stocker de la matière première et des produits finis, et même un petit hall/secrétariat !

Ensuite, c'est une nouvelle bataille administrative pour obtenir le CNPJ, c'est-à-dire l'équivalent d'un SIRET français, qui permettra d'exercer légalement les activités professionnelles et commerciales. Là encore la démarche est nettement plus complexe que chez nous, et il faudra plus d'un an pour franchir toutes les étapes menant à ce Sésame. Début 2009, ça y est, victoire, l'AFIMA reçoit enfin son CNPJ !

Entre-temps, bien sûr, Virada a commencé à importer quelques instruments pour mener ses premières études de marché. Elle a aussi obtenu 2 années de subvention de la Région Rhône-Alpes, en fonctionnement et investissement, qui permettront la réalisation de toutes les étapes précédemment citées et des suivantes.

 

Virada SSI 2007Salon Commerce Equitable 2008Festival Samba Monléon 2008

Entre 2007 et 2010, Virada participe à divers forums de commerce équitable, où le projet est accueilli avec intérêt, d'autant plus que rares sont les structures à porter une filière de commerce équitable de bout en bout, de la conception du projet à la distribution, en passant par l'accompagnement des producteurs.

 

L'association participe aussi à la Semaine de la Solidarité Internationale de Lyon, à travers un projet de sensibilisation des enfants au commerce équitable, mené dans plusieurs écoles de Lyon et de Caluire, en partenariat avec l'association Gingando (initiation à la percussion brésilienne sur des instruments produits par l'AFIMA, par mestre Patinho Axé, puis diaporama interactif pour expliquer aux enfants l'origine des instruments, la vie au Curuzu, l'importance de ce mode de commerce pour les artisans).

 

                 Initiation percu SSI 2008 Diaporama Chantal SSI 2008 Diaporama sensibilisation commerce équitable, Virada, SSI 2008                                                      Spectacle des enfants pour leurs parents, SSI 2008, école de l'Oratoire, Caluire.          Concert Tribalyon SSI 2008

 

En 2010, tous les soucis administratifs de légalisation étant réglés, Virada décide d'aborder une nouvelle phase qui permettra de lancer les ventes à grande échelle à travers l'Europe. Nouveau combat pour obtenir un prêt destiné à importer un stock de produits suffisant...

Courant 2011 nous pouvons enfin passer notre commande. Mais rien n'est jamais simple dans les relations commerciales avec le Brésil. Deux banques brésiliennes retiendront notre virement bancaire pendant plusieurs mois. Il nous faudra montrer patte blanche et prouver de diverses manières le bien fondé de cet envoi. Ensuite, c'est l'exportateur choisi qui nous fera quelques misèrs temporelles et financières. Le stock arrivera enfin à Lyon en 2012 et les ventes auprès de nos clients habitués reprennent. Mais avec un an de manque à gagner, Virada se retrouve avec des dettes conséquentes, qui entravent la marche prévue.

En 2013, avec une nouvelle équipe de bénévoles motivés et compétents, elle retrouve sa santé et sa vitalité et peut enfin démarrer la vente en ligne d'instruments, tant attendue !